Primeurs Bordeaux
Fascinant vignoble français. Depuis des siècles, chaque région cherche à identifier le moindre caractère de différenciation des vins, à l’exploiter, à le cultiver. Il en résulte un écheveau inextricable d’appellations, de mentions, de climats, de dénominations. La Bourgogne a poussé ce système à son paroxysme en dénichant partout les pus subtiles des différences.
Le Chambertin, par exemple, ne ressemble pas au Chambertin Clos de Bèze, et il n’a pas le droit d’en prendre la dénomination. Le Chambertin Clos de Bèze, en revanche, a le droit de s’appeler Chambertin tout court. Entre les deux, la différence est mince, ils partagent le même cépage, le pinot noir, et forcément le même climat. Pourtant les deux vins ne se ressemblent pas et on a su les distinguer depuis longtemps.
Toute la hiérarchie des vins français repose sur la capacité du public, plus ou moins informé, à déceler la qualité intrinsèque d’un vin. Dans le domaine du vin, le consommateur et sa capacité d’analyse sont un maillon capital. S’il cède, tout le système d’appellations, de mentions, de climats et de dénominations patiemment constitué au cours des siècles, s’écroule.
Cependant, historiquement, les vins fins ont toujours été très prisés en France. Prenez l’exemple des classements. Dès 1855, au sommet des vins du Médoc trône Lafite Rothschild qui est le plus fin de tous. Un siècle plus tard, le sommet des vins de Saint Emilion est tenu par Ausone et Cheval Blanc qui sont aussi les deux saint-emilions les plus subtils. On pourrait multiplier ces exemples. En Bourgogne, le vin le plus mythique est la Romanée-Conti, d’une incroyable finesse.
Le retournement du marché, qui est aujourd’hui réel, est très favorable aux vins français. Mais d’autres l’ont compris. Les études menées par les grands groupes américains l’ont déjà décelé il y a plusieurs années et ils affûtent leurs armes sur ce nouveau marché. L’Australie fait migrer ses vignobles des vallées chaudes qui produisaient des monstres de puissance vers les vallées froides plus aptes à produire des vins plus fins. L’Argentine remonte ses vignobles en altitude dans la cordillère des Andes pour trouver de la fraîcheur. Ces exemples montrent que le monde entier prépare la réplique en anticipant le virage vers les vins fins. Désormais il y a trop de vins sur la planète : un différentiel cumulé de 150 millions d’hectolitres en trois ans entre la production et la consommation. Classée sixième producteur mondial, l’Australie a par exemple, a dans ses caves l’équivalent d’une récolte annuelle. En trop. Certes, on peut toujours miser sur l’augmentation de la consommation (en baisse spectaculaire en France, mais en hausse constante aux USA et au Royaume Uni) ou tabler sur l’ouverture aux vins de pays émergents (Russie, Chine, Inde…). Il n’en reste pas moins que, sur un marché des vins et spiritueux qui frôle actuellement les 280 Milliards de dollars, ce sont les pays du nouveau monde qui grignotent les part de marché si âprement disputées.
Afin de remettre en selle les vins de France, certaines régions comme celle du Médoc, mettent en avant leur patrimoine. Ici, résonne les noms de châteaux mythiques : Mouton Rothschild, Lafite Rothschild, Latour, Cos d’Estournel, Margaux… Autant vous dire que, contrairement à Saint Emilion, les crus à visiter ne sont pas rassembler sur un petit périmètre. Les très grandes propriétés, avec leurs chais gigantesques et leur savoir-faire centenaire se succèdent au fil des kilomètres et le choix est difficile tellement elles sont nombreuses. On découvre au fil des kilomètres des lieux mythiques : Léoville, Pichon, Latour, Mouton, Lafite, et ses bourgs célèbres : Pauillac, avec son port de plaisance, et Saint Estèphe… Dans cette partie, la nature se fait sauvage et l’on distingue parfaitement comment l’homme a domestiqué ces croupes successives qui font la particularité de la géographie médocaine, pour y planter de la vigne.Le libournais, quant à lui, est un véritable pays de cocagne, qui se love dans les méandres de l’Isle et de la Dordogne. Il regroupe à la fois trois prestigieuses appellations (Fronsac, Pomerol et Saint Emilion), les plus beaux paysages viticoles du bordelais. Un village classé au patrimoine mondial de l’UNESCO (Saint Emilion), et tout autour, juchés sur des terroirs exceptionnels, quelques-uns des crus les plus prestigieux de la planète : Petrus, Ausone, Cheval Blanc… Toutes ces caractéristiques font que nos vins français, depuis de longues décennies, font partis des meilleurs vins du monde.
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- Publié le:
- 17 décembre 2007
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